Le Voyage de Fabio
Famille
Corentin Bréhard
Message original en français, écrit le 18 juillet 2026 à Paris
Il y a un an, la vie de Fabio s'arrêtait, et celle de toutes les personnes présentes aujourd'hui était bouleversée.
Sa famille, ses amis, accoururent à Montréal pour lui dire au revoir et entourer Cécile. Nous vécûmes ces quelques jours ensemble comme une seule âme; alors que pour certains, nous ne nous connaissions pas un jour plus tôt, comme si l'esprit de Fabio s'était ouvert pour devenir un lieu d'accueil et d'amour où nous avons tous pu nous réfugier et nous soutenir.
Montréal quitté et le corps de Fabio à jamais loin de nous, la vie reprit son cours, devenu tumultueux et douloureux.
La mort de Fabio me paraissait absurde, insensée. Comment un homme aussi déterminé, aussi intelligent, aussi bon, pouvait mourrir du jour au lendemain ? Sa mort n'avait pas de sens, et je commençais à penser que la vie n'en avait pas non plus si on la laissait passer sans l'exigence et la curiosité qui étaient celles de Fabio.
En un sens, à quoi bon vivre pour faire moins, voir moins bien que lui, qui n'a pas eu l'occasion d'explorer et d'entreprendre tous les projets qu'il avait pu former avec Cécile ou son travail ?
Je me dis donc la promesse, en mémoire de Fabio et aidé par lui, d'entreprendre ce que je repoussais depuis l'adolescence, par passivité ou manque de courage.
Pour moi, ça serait l'écriture, mais je suis persuadé que chacun d'entre nous ici a puisé ou puisera dans le souvenir de Fabio la force d'entreprendre un projet longtemps laissé de coté ou jugé inaccessible.
Le beau roman de la vie de Fabio s'est terminé beaucoup trop vite, mais son esprit exceptionnel irradiera j'en suis sûr dans les pages encore à écrire de la vie de tous ses proches. Son corps nous a quittés il y a un an à Montréal, mais son esprit continuera de rayonner du Canada à la France, en passant par la Corée, tant que nous tâcherons de rester fidèles à ce qu'il était, c'est-à-dire tant que notre coeur battra, battra pour lui.
Fabio, que ce fut dur d'écrire ce texte imparfait et tremblant; je l'ai fait pour Cécile, pour toi, mais surtout grâce à toi.
Amanda Intrala
Message original en français, écrit le 13 juillet 2026 à Montréal

Mon cher ami Fabio,
Un an déjà que tu nous as quittés. J'ai l'impression que c'était hier que je revois ton sourire lumineux après notre dernière soirée "Margarita". Je me rappelle m'être dit que tu étais beau. Un aura joyeuse et vivante émanait de toi. On pouvait lire ton envie de croquer la vie à pleines dents et de profiter à fond des festivités de Montréal. On s'est quittés (trop rapidement) avec tant de beaux projets, aujourd'hui, suspendus.
Un an plus tard, l'été est de retour après un long hiver maussade. Et quelle tempête nous avons traversée, notre vie de maintenant ressemble si peu à celle du temps où tu étais là. Nous sommes quatre. Elina est arrivée le 13 septembre 2025. Tu aurais tellement aimé la rencontrer. Elle est souriante, observatrice, avec déjà une belle force tranquille. Comme toi, lors de ce dernier soir, elle est prête à croquer la vie à deux dents (littéralement). À seulement dix mois bientôt, elle est sur le point de faire ses premiers pas. Ce n'est pas étonnant, elle a une super tata qui l'entraîne tous les jours depuis quelques mois. Tu le connais bien, c'est Tata Thao ... Et à chaque fois que je prononce ces deux mots, je ne peux qu'y penser à la voix qui se glisse entre les syllabes.
Ta belle Cécile est revenue pour quelques mois à Montréal, et on a eu le bonheur de partager notre quotidien avec elle. Tu serais si fier d'elle, de la femme qu'elle reconstruit. Chaque jour, elle lutte, mais chaque jour, elle puise aussi dans une force intérieure insoupçonnable. Une force qui lui est propre. Une force qui inspire. Une force qui se vit. Elle accueille avec authenticité ses émotions. Elle pose ses limites, les exprime. Elle choisit, expérimente, elle ose, et tout ça, pleinement en conscience. C'est inspirant de la voir cheminer vers la femme qu'elle décide de devenir. Tu ferais ce petit sourire en coin qu'on visualise tous très bien avec ce regard admirateur, mais au fond, pas de surprise, car depuis le début, tu savais déjà de quoi elle était capable.
Malgré la distance qui vous sépare aujourd'hui, sois en certain que nous veillons chaque jour sur ta douce. Elle n'est pas seule, toute une cohorte de proches qui l'aimes sont là, y compris ta soeur, ta nièce et neveu, ton beau-frère, ton père, ton oncle et tant d'autres. Dans les petits matins difficiles comme dans les victoires du quotidien, nous répondons tous présents. Nous sommes tous unis et présents grâce à toi. Continue de vivre en paix. On s'occupe de tout ici. Promis ❤️
Amanda

Duy Cao
Message original en français, écrit le 13 juillet 2026 à Montréal

Mon cher Fabio,
Il y a un an, nos vies ont basculé. Il n'y a pas un jour où je n'ai pas pensé à toi.
Quand je repense à toi, ce sont d'abord les plus simples moments qui me reviennent. Je revois encore cette dernière soirée de 'Maître Sushis" (ce cadeau que vous m'aviez offert pour mon anniversaire avec Cécile).
Sur le moment, c'était simplement une belle soirée entre "Caribous", remplie de rires et de bonne humeur. Nous étions loin d'imaginer que ce serait notre dernier moment ensemble ... Avec le recul, malgré toute la tristesse que cela représente, je suis profondément reconnaissant d'avoir partagé ce moment ensemble ... C'est devenu un de mes souvenirs les plus précieux.
En vivant à Montréal, loin de nos familles, amis, ... notre amitié est devenue bien plus qu'une simple amitié. Sans même qu'on ne s'en rende compte, tu es devenu comme un frère pour moi. Je repense souvent à notre fameux "check du bro", ce petit geste qui faisait sourire et qui résumait notre complicité. Ce sont ces petites choses qui, aujourd'hui, prennent une valeur immense.
Ton départ a laissé un vide immense. C'est un rappel que la vie est précieuse, fragile et imprévisible. Depuis, j'essaie de ne jamais laisser pour acquis les moments passé avec ceux que j'aime... Tu m'as laissé cette leçon de vie sans même le savoir...
Tu nous manques profondément. Le temps passe, mais il n'effacera jamais les souvenirs que nous avons construits ensemble.
Je parlerai de toi à Elina pour qu'elle sache quel Tonton extra tu aurais été.
Avec tout mon amour et un immense pincement au coeur, je te remercie pour tout mon bro. Repose en paix Fabio ❤️

Cécile Nguyen
Message original en français, écrit le 31 décembre 2025

Mon amour,
Le soleil parisien se lève en ce dernier jour de l’année 2025. Comme tous les jours depuis cinq mois et demi, je peine à m’extraire du lit. J’ai envie de rester tapie dans l’ombre, à déserter le jour, à attendre que la journée s’achève, que la vie passe. Dans un effort qui me paraît surhumain, je me lève, je tire sur les rideaux d’un coup sec pour laisser entrer la lumière, guidée par mon instinct de survie. Je sais qu’il faut que j’aille de nouveau à la rencontre de cette réalité, que j’affronte l’ordinaire, que je motive mon corps à se mettre en mouvement et mon âme à habiter le quotidien. Mais aujourd’hui, c’est encore plus dur que les autres jours.
Le poids de tout ce qu’il y a à vivre m’écrase. Depuis dix-sept ans, ces 31 décembre sont festifs, toujours célébrés dans une grande joie, entourés de nos amis, que ce soit à Londres, à Paris, au Canada. Fêter l’aube d’une nouvelle année a toujours été une tradition pour nous. Mais pas cette année.
Cette année, je sais que je ne te verrai pas préparer le saladier de cocktail avec Vincent. Nous ne vous verrons pas servir ces verres à la louche et nous les tendre avec fierté pour que nous puissions goûter votre concoction. Je ne t’entendrai pas m’appeler en me disant « Bi, dis-moi ce que tu en penses? », avec ce sourire en coin si caractéristique de toi, qui trahit le nombre de verres que tu as du boire déjà avec Vince pour ajuster votre recette.
Cette année, nous ne jouerons pas à Skull King ni avec mon frère et Razel, ni avec les copains. Nous ne t’entendrons pas compter les points en anglais, la bouche collée à ton Apple Watch, à débiter en flot continu tes « one plus one plus two plus one », provoquant chez nous des fous rires hilares.
Cette année, tu ne prépareras pas le magret de canard avec Duy, et tu ne danseras pas comme un fou avec Jérem, Lolo et Amanda dans le basement de notre auberge montréalaise.
Cette année, tu ne feras pas ressortir tes instincts bien cachés de pyromane avec les copains. Emporté par l’ivresse et la joie, tu n’allumeras pas les feux d’artifice offerts par mon frère dans le jardin de la maison de Vitry, tu ne couperas pas du bois autour du feu, tu n’allumeras pas des pétards, et personne ne grillera de chaussures sur le feu.
Cette année, tu ne seras pas non plus tenté par l’envie de grimper aux arbres, ou celle de te baigner dans une rivière glacée, ou dans la Seine, entraîné par les copains, Thomas, Nico, Vic, Rol. Ces fêtes du nouvel an étaient ces moments d’ivresse pendant lesquels tu t’autorisais à te laisser porter par la fête et la joie du moment, toi, si discipliné, toujours sous contrôle. Je ne ressentirai pas cette boule au ventre, inquiète que tu ailles trop loin ou que tu te blesses, tout en savourant intérieurement de voir pointer ce lâcher prise auquel tu t'adonnes si rarement.
Cette année, nous ne trinquerons pas à l’année qui vient de passer, ni à celle à venir. Nous n’écrirons pas ces résolutions que nous ne tenions jamais. Ce soir, sur les coups de minuit, je sais que je te chercherai, éperdument, je chercherai ton regard si doux et aimant, tes bras autour de moi, tes lèvres sur les miennes. Pendant dix-sept ans, les premières secondes de l'année étaient celles que nous nous dédiions, à l'un et l'autre. Nous passions ce moment avec cette plénitude du bonheur, celle de savoir que la nouvelle année nous attendait, pleine de promesses. Dans ton regard, je lisais toujours cette assurance, cette force, cette détermination que tu avais, qui me donnait la conviction que nous serions toujours capables de surmonter tout ce que la vie a à nous offrir, les joies comme les épreuves, à deux. Mais jamais je n’ai pu m’imaginer qu’un jour, l’épreuve en question serait celle de vivre sans toi.
Ma douleur est donc devenue trop grande aujourd’hui, celle cumulée depuis plusieurs jours de festivités, de retrouvailles sans toi. J’ai été si entourée, si aimée, par nos familles et nos amis, j’ai puisé en chacun d’eux la force de continuer à sourire, à trinquer, à festoyer, à profiter du moment présent. J’ai focalisé mon attention sur nos neveux Alessia et Elio, en m’efforçant d’être une Tata pour deux, et en trouvant dans leur insouciance de la vie, les ressources pour savourer les rires malgré la peine. Ces moments m'ont maintenue dans une résilience pendant un moment, mais je ne parviens plus à retenir ma peine.
Aujourd’hui, j’ai eu besoin d’extérioriser ma souffrance. Je lui ai laissé sa place dans mon moi intérieur, mais cet espace ne suffit plus. J’ai besoin de t’écrire et de déverser mes mots dans ce lieu que j’ai créé et qui t’est dédié. De convoquer des souvenirs, et de les partager.
Ce soir, je te chercherai dans les étoiles du ciel de Paris, et dans cette lune que tu aimais tant. J'y verrai tes yeux doux aux long cils, ton regard confiant, ton sourire en coin.
Le temps s’est arrêté pour toi en 2025, mais tu m’accompagneras pour toujours, au-delà du temps.
Bonne année 2026 mon amour.
Je t’aime Fabio.
Bi
