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Famille

Cécile Nguyen

Message original en français, écrit le 31 décembre 2025​​​​​​​​​​​​​​​

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Mon amour,

 

Le soleil parisien se lève en ce dernier jour de l’année 2025. Comme tous les jours depuis cinq mois et demi, je peine à m’extraire du lit. J’ai envie de rester tapie dans l’ombre, à déserter le jour, à attendre que la journée s’achève, que la vie passe. Dans un effort qui me paraît surhumain, je me lève, je tire sur les rideaux d’un coup sec pour laisser entrer la lumière, guidée par mon instinct de survie. Je sais qu’il faut que j’aille de nouveau à la rencontre de cette réalité, que j’affronte l’ordinaire, que je motive mon corps à se mettre en mouvement et mon âme à habiter le quotidien. Mais aujourd’hui, c’est encore plus dur que les autres jours.

 

Le poids de tout ce qu’il y a à vivre m’écrase. Depuis dix-sept ans, ces 31 décembre sont festifs, toujours célébrés dans une grande joie, entourés de nos amis, que ce soit à Londres, à Paris, au Canada. Fêter l’aube d’une nouvelle année a toujours été une tradition pour nous. Mais pas cette année.

 

Cette année, je sais que je ne te verrai pas préparer le saladier de cocktail avec Vincent. Nous ne vous verrons pas servir ces verres à la louche et nous les tendre avec fierté pour que nous puissions goûter votre concoction. Je ne t’entendrai pas m’appeler en me disant « Bi, dis-moi ce que tu en penses? », avec ce sourire en coin si caractéristique de toi, qui trahit le nombre de verres que tu as du boire déjà avec Vince pour ajuster votre recette.

 

Cette année, nous ne jouerons pas à Skull King ni avec mon frère et Razel, ni avec les copains. Nous ne t’entendrons pas compter les points en anglais, la bouche collée à ton Apple Watch, à débiter en flot continu tes « one plus one plus two plus one », provoquant chez nous des fous rires hilares.

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Cette année, tu ne prépareras pas le magret de canard avec Duy, et tu ne danseras pas comme un fou avec Jérem, Lolo et Amanda dans le basement de notre auberge montréalaise.

 

Cette année, tu ne feras pas ressortir tes instincts bien cachés de pyromane avec les copains. Emporté par l’ivresse et la joie, tu n’allumeras pas les feux d’artifice offerts par mon frère dans le jardin de la maison de Vitry, tu ne couperas pas du bois autour du feu, tu n’allumeras pas des pétards, et personne ne grillera de chaussures sur le feu.

 

Cette année, tu ne seras pas non plus tenté par l’envie de grimper aux arbres, ou celle de te baigner dans une rivière glacée, ou dans la Seine, entraîné par les copains, Thomas, Nico, Vic, Rol. Ces fêtes du nouvel an étaient ces moments d’ivresse pendant lesquels tu t’autorisais à te laisser porter par la fête et la joie du moment, toi, si discipliné, toujours sous contrôle. Je ne ressentirai pas cette boule au ventre, inquiète que tu ailles trop loin ou que tu te blesses, tout en savourant intérieurement de voir pointer ce lâcher prise auquel tu t'adonnes si rarement. 

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Cette année, nous ne trinquerons pas à l’année qui vient de passer, ni à celle à venir. Nous n’écrirons pas ces résolutions que nous ne tenions jamais. Ce soir, sur les coups de minuit, je sais que je te chercherai, éperdument, je chercherai ton regard si doux et aimant, tes bras autour de moi, tes lèvres sur les miennes. Pendant dix-sept ans, les premières secondes de l'année étaient celles que nous nous dédiions, à l'un et l'autre. Nous passions ce moment avec cette plénitude du bonheur, celle de savoir que la nouvelle année nous attendait, pleine de promesses. Dans ton regard, je lisais toujours cette assurance, cette force, cette détermination que tu avais, qui me donnait la conviction que nous serions toujours capables de surmonter tout ce que la vie a à nous offrir, les joies comme les épreuves, à deux. Mais jamais je n’ai pu m’imaginer qu’un jour, l’épreuve en question serait celle de vivre sans toi. 

 

Ma douleur est donc devenue trop grande aujourd’hui, celle cumulée depuis plusieurs jours de festivités, de retrouvailles sans toi. J’ai été si entourée, si aimée, par nos familles et nos amis, j’ai puisé en chacun d’eux la force de continuer à sourire, à trinquer, à festoyer, à profiter du moment présent. J’ai focalisé mon attention sur nos neveux Alessia et Elio, en m’efforçant d’être une Tata pour deux, et en trouvant dans leur insouciance de la vie, les ressources pour savourer les rires malgré la peine. Ces moments m'ont maintenue dans une résilience pendant un moment, mais je ne parviens plus à retenir ma peine.

 

Aujourd’hui, j’ai eu besoin d’extérioriser ma souffrance. Je lui ai laissé sa place dans mon moi intérieur, mais cet espace ne suffit plus. J’ai besoin de t’écrire et de déverser mes mots dans ce lieu que j’ai créé et qui t’est dédié. De convoquer des souvenirs, et de les partager.

 

Ce soir, je te chercherai dans les étoiles du ciel de Paris, et dans cette lune que tu aimais tant. J'y verrai tes yeux doux aux long cils, ton regard confiant, ton sourire en coin.

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Le temps s’est arrêté pour toi en 2025, mais tu m’accompagneras pour toujours, au-delà du temps.

 

Bonne année 2026 mon amour.

 

Je t’aime Fabio.

 

Bi

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